Captive d’un chevelu depuis la nuit des temps

Captive d’un chevelu depuis la nuit des temps

Captive d’un chevelu* depuis la nuit des temps, cette espèce troglobie nouvellement découverte nous renseigne sur la qualité de l’eau.
*(réseau hydrographique souterrain)

2010, l’année de la biodiversité,  révèle une espèce jusque-là inconnue.
Il y a peu de temps, Vincent Prié, chercheur et « inventeur » de cette nouvelle espèce me propose de m’emmener la découvrir.
Cet escargot, plus petit qu’un grain de riz,  qui vit dans l’obscurité totale et dans une eau à 10° est un “marqueur d’eau”.
C’est le seul, dans la grande famille des bythinelles à vivre dans ce milieu et il est endémique des Causses méridionaux.
Après plusieurs années de recherche, Vincent Prié, biologiste et malacologue au bureau d’études “Biotope” et Jean Michel Bichain, chercheur attaché au MNHN, l’ont découvert dans une caverne nichée au cœur du cirque de Navacelles, la cave de la Folatière.
Afin de pouvoir affirmer sans aucun doute l’émergence de cette nouvelle espèce, les deux scientifiques ont eu recours à la morphométrie et à la génétique.
L’animal est complètement dépigmenté et a partiellement perdu ses yeux, visibles sous la forme de simples tâches oculaires.
“Aujourd’hui, la seule information dont nous disposons est son aire de répartition, nous dit V.Prié. Sa biologie, ses habitudes restent encore  un mystère. On ne sait ni ce qu’elle mange, ni combien de temps elle vit.
Quant à son rôle dans l’écosystème, nous n’en sommes pas encore là.
La bythinelle de Navacelles nous raconte néanmoins deux histoires. L’histoire de la qualité d’eau telle qu’elle était il y a 3 ou 4000 ans et l’histoire de la géographie de ces réseaux souterrains dont on ne sait pas grand-chose aujourd’hui. Grâce à  sa taille, elle peut se promener le long de la moindre fissure dès lors qu’il y a de l’eau.
Elle doit se trouver là depuis des milliers d’années. On suppose que pendant les périodes interglaciaires,  elle a du graduellement quitter les sources pour se réfugier dans les milieux souterrains. Et elle a du coloniser ce milieu, s’y adapter et n’en est jamais ressortie. Le dernier maximum glaciaire remontant à 21 000 ans, nous sommes plutôt dans la dizaine de milliers d’années, selon cette hypothèse.
Elle nous renseigne également sur la quantité d’eau. On peut supposer que partout où on la trouve, les réseaux sont en interconnexions les uns avec les autres
Elle peut être considérée comme rare et microendémique, donc potentiellement vulnérable selon les critères de l’IUCN (listes rouges des espèces menacées d’extinction).
Il faudrait très peu de choses pour que cette espèce disparaisse, une seule pollution de ces aquifères (1) pourrait suffire.
De plus, cette espèce n’étant pas hermaphrodite, il faut un mâle et une femelle pour se reproduire et c’est la forme du pénis du mâle qui détermine son appartenance a la famille des Bythinellas.
On ne lui connaît qu’un seul prédateur possible, le gammare, mais avec sa coquille fermée par un opercule, la bythinelle est très bien protégée.
Enfin, en terme de protection de la biodiversité, cette forme de Bythinelle souterraine est unique en son genre et représente un génome qu’il nous appartient de préserver au même titre que celui de n’importe quelle espèce animale.”
Une nouvelle espèce existe dès lors qu’elle est publiée dans une revue scientifique, que tout le monde peut consulter sa description, qu’on a déposé un spécimen au musée, dans un lieu où d’autres chercheurs puissent venir le consulter, qu’on a déposé les séquences sur GenBank(2), qu’il y ait une traçabilité de l’individu qui a servi à faire sa description.
Au moment de la 1ère publication, on doit lui donner un nom.
Une fois qu’elle a un nom, elle existe.
Ce qui nous rapproche des pratiques judéo-chrétiennes….
“Dieu forma de la Terre tous les animaux des champs et tous les oiseaux du ciel, et il les fit venir vers l’Adam, pour voir comment il les nomme et afin que tout être vivant portât le nom nommé par l’Adam….”
(1) Formation géologique contenant de façon temporaire ou permanente de l’eau mobilisable, constituée de roches perméables et capable de la restituer naturellement et/ou par exploitation.

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