Lhassa sur Auvergne

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Implanté au cœur de l’Auvergne, le centre bouddhiste de Dhagpo Kundreul Ling est l’un des plus importants centre d’ermitages monastiques et de retraites d’Europe. Crée en 1983 et développé par Guendune Rinpoché, il regroupe, en plus du magnifique Grand Temple, deux ermitages monastiques, un atelier d’art sacré et le Jardin du Souvenir où reposent les cendres des disparus. Le centre est un lieu de vie et de pratique où hommes et femmes d’horizons différents ont pour vocation de préserver et transmettre l’enseignement du Bouddha, le Dharma.

L’auvergne, ses vieilles montagnes arrondies, ses fromages, ses élevages de vaches salers et son centre bouddhisteDhagpo Kundreul Ling. L’un des plus importants d’Europe. C’est en pleine nature au fin fond des Combrailles, au cœur du Puy-de-Dôme sous le regard bienveillant des anciens volcans assoupis, que s’étendent les bâtiments du centre. Composé du ‘ Grand Temple’, de l’atelier d’Art Sacré, du jardin des souvenirs et de deux ermitages monastiques l’ensemble forme un petit village qui dégage une sensation d’harmonie et de sérénité. ‘ Le Grand Temple’ en est la pièce maîtresse. Posé sur une hauteur recouverte d’herbe grasse, la bâtisse pourpre et cuivrée de 500 m2 et haute de trois étages est entièrement dédiée à la transmission du Dharma -l’enseignement du Bouddha-. Le lieu ne cesse d’évoluer et d’embellir depuis le début de sa construction en 1993. Il renferme une statue du Bouddha en cuivre et recouverte d’or de cinq mètres de haut, entourée de mille Bouddhas et flanquée de ses deux principaux disciples. Au centre, sous la mezzanine recouverte de bas-reliefs, organisés en caissons, sont représentés les différents mandalas aux magnifiques couleurs et un stoupa contenant les reliques de Lama Guendune Rinpoché. Que ce soit les peintures, les broderies, les objets en bois ou en métal toutes ces œuvres destinées à une pratique formelle sortent de l’atelier d’Art Sacré. Un lieu unique où la technique sans faille de l’artisan et son état d’esprit sont liés intimement et constituent la condition primordiale pour la bonne réalisation de ses objets cultuels. La moindre tâche est réalisée dans le plus pur respect de la tradition perpétuant ainsi une des vocations du lieu : permettre la transmission d’un savoir-faire séculier afin qu’il ne disparaisse pas à tout jamais. « Nous voulons allier l’Orient et l’Occident tout en préservant l’essence de la transmission », précise Lama Kunkyab, le coordinateur de l’ensemble de ces ateliers. La communauté se donne les moyens de son ambition, pour preuve, Claire, bouddhiste laïque, est partie pendant cinq mois au Sikkim, dans le nord de l’Inde, afin d’apprendre une technique bien particulière, celle de la fabrication de cloches rituelles. Ce voyage, qu’elle a vécu comme « une pratique spirituelle », a permis à ceux qui sont peut-être les deux derniers maîtres au monde détenant ce savoir-faire spécifique de le transmettre et de le faire vivre…

Outre le temple, les ateliers d’art sacré et le Jardin du Souvenir qui regroupe des édifices funéraires où sont conservées les cendres des défunts, le “village’’ bouddhiste se compose également de deux ermitages monastiques, un pour les femmes et un pour les hommes. En ces lieux, organisation en est le maître mot ! Une organisation qui prends en compte le monde moderne et les évolutions techniques perpétuelles. Comme l’explique Rabjam, « l’une des conséquences des retraites est de s’ouvrir au monde et aux êtres. Il n’y a donc pas de raison qu’à leur issue, la communauté n’utilise pas les ordinateurs et les téléphones portables. Tant qu’il n’y a pas d’abus… ». Des retraites qu’ effectuent les bouddhistes, qu’ils soient moines ou laïques pour s’ouvrir au monde et aux êtres et parvenir à l’éveil. Dans le centre, pratiquement tous en ont fait au moins une de trois ans : on les nomme alors Drouplas. Ils peuvent ensuite devenir Lamas, c’est-à-dire des guides qui représentent de manière juste le Dharma et qui l’enseignent. Pendant ces années de retraite, la vie est organisée autour de la méditation et aucun contact avec l’extérieur n’est possible, sauf par courrier. Une situation difficile à vivre pour certaines familles des retraitants.

Droupgyu, comme les autres moines et moniales du centre, partage sa vie entre des activités pour la communauté, la pratique individuelle de la méditation et l’enseignement. Son domaine de compétences est la communication interne et externe de Dhagpo Kundreul Ling, au centre chacun a le sien. Ainsi, Meunlam, ancienne éducatrice pour enfants, s’occupe de la confection d’offrandes pour le temple, Yeunten coordonne tout ce qui est en rapport avec l’intendance du monastère des hommes ainsi que celui des femmes et Rabjam, ancienne traductrice, est la représentante des responsables des centres de retraites, les Droupeuns. Enfin, certaines personnes extérieures viennent également apporter leur aide. C’est le cas de Catherine, une laïque venue habiter le village voisin pour « se rapprocher du

centre ». Cette jeune femme donne de son temps libre au centre, que ce soit dans les cuisines ou dans l’administration sans compter l’aide financière qu’elle apporte à un retraitant.

Les raisons qui ont poussé ces hommes et ces femmes à devenir bouddhistes au centre et à prendre les vœux monastiques sont propres à chacun. Elles vont de la vocation tardive au cheminement de longue date en passant par le hasard pur et simple et les rencontres de la vie. Comme l’explique Fabienne « s’il n’y avait pas le Dharma pour nous réunir, nous ne serions pas ensemble ici, malgré les affinités que nous pouvons avoir ». On dit souvent que ce sont les différences qui enrichissent… Fabienne cherchait des réponses spirituelles aux questions qu’elle se posait. En rencontrant un maître tibétain dans le centre de Dhagpo Kagyu Ling en Dordogne, rien ne s’est passé comme prévu :

« Dès que j’ai vu Lama Guendune Rinpoché (son maître spirituel), j’ai fondu en larmes. C’était comme une évidence, j’avais trouvé le sens de ma vie ». Fabienne porte désormais le nom de Droupgyu. Si les parents de Droupgyu, passé le moment de surprise, ont accepté son choix, il n’en a pas été de même pour Rabjam lorsqu’elle est entré en retraite pour la première fois. Catholiques pratiquants vivant en Autriche, ses parents ont eu beaucoup de mal au début à se faire à cette séparation. Mais le temps aidant la question ne se pose plus. Les parents de Yeuten étaient très inquiets : « A l’époque, il était question de sectes et on ne parlait pas du tout du bouddhisme, cela les a donc inquiété que je veuille partir pour le centre. Ensuite lorsqu’ils m’ont vu heureux, ils m’ont laissé faire. » Ce risque d’amalgame n’a pas effleuré un instant Dordjé, ancien marxiste. C’est le rayonnement de Guendune Rinpoché qui l’a déterminé à devenir bouddhiste, «J’aurai adhéré de la même manière s’il avait été juif, musulman ou encore catholique, c’est sa qualité d’être qui m’a convaincu et non pas le bouddhisme ».

Au petit village situé à quelques encablures du centre l’accueil a été mitigé au début. Passées les premières réticences les nouveaux venus ont été finalement bien acceptés car la communauté bouddhiste offre d’indéniables avantages. Si les retraitants du centre règlent par période leurs questionnements existentielles dans l’isolement et le silence il n’en est pas de même pour les autres membres de la communauté. Et tous sont avant tout des êtres humains. Des hommes et des femmes qui se nourrissent, reçoivent des amis, en un mot qui consomment. « Le centre a empêché la commune de mourir. La poste n’a pas fermé et les maisons à vendre depuis des années ont trouvé acquéreurs» expliquent Odette et André Verneret. Le couple avait à une époque transformé une partie de leur maison en gîte afin de recevoir, moyennant finances, les parents et amis des retraitants. Ils reconnaissent également la formidable opportunité de se frotter à d’autres gens, d’autres univers. « Nous sommes contents que les bouddhistes soient là car leur présence nous a permis de rencontrer beaucoup de monde et cela a été très important pour nous au niveau humain. Certains d’entre eux sont devenus des amis » reconnaissent ils. Un petit coin d’Auvergne qui confirme une fois de plus qu’avec un peu de bonne volonté, d’ouverture d’esprit et aussi quelques intérêts bien compris des communauté aussi dissemblables que possible peuvent coexister à la satisfaction de tous. Au lieu du combat du Yeti contre le bœuf de l’Aubrac on assiste à l’alliance du quinoa et de la châtaigne …. qui n’aurait certainement pas déplus au Bouddha dit l’Eveillé.

Capucine Junguenet